Les Étrusques aux douze cités
L’idée que la civilisation étrusque soit la première qu’ait connue l’Italie n’est pas une nouveauté : elle était déjà défendue au début du XIXe siècle, lorsque des historiens, voulant légitimer le combat pour l’unité italienne, recherchaient des précédents à celle-ci et voyaient dans la période étrusque le premier grand moment de l’Italie, avant le règne d’Auguste et la Renaissance. Et la meilleure illustration de cette primauté nous est fournie par la peinture étrusque qui, dans le grand livre de la peinture italienne, nous offre en effet le premier chapitre. Les fresques funéraires, en particulier celles de Tarquinia, aujourd’hui inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, sont sans doute les œuvres les plus connues du grand public, et elles ont d’autant plus attiré l’attention que les peintures grecques contemporaines ont entièrement disparu : non que les Grecs n’aient pas connu cet art, et bien au contraire certains peintres grecs étaient aussi célèbres que Phidias ou Myron, mais leurs œuvres, tableaux ou peintures décorant des monuments publics, n’ont pas résisté à l’usure du temps. Les Etrusques ayant eu l’heureuse idée de peindre les murs de leurs tombes creusées dans le rocher, de leurs hypogées, ces fresques ont été conservées jusqu’à leur ouverture et nous avons aujourd’hui les moyens techniques de les protéger et de permettre aux visiteurs de les découvrir. Si les fresques de Tarquinia les plus connues datent surtout du VIe et du Ve siècle avant notre ère, il en existe aussi beaucoup de plus récentes, et il faut ajouter que d’autres cités étrusques ont aussi eu des tombes peintes, en particulier celle de Chiusi –et, parmi les découvertes assez récentes, il faut citer la tombe de Sarteano, connue sous le nom de Tombe du Quadrige infernal, un site qui appartenait au territoire de Chiusi.
C’est cette question des cités qui a fait l’objet de la seconde partie de cette conférence. Après avoir montré en effet que l’Etrurie antique, au cours du Ier millénaire avant notre ère, avait englobé des régions allant de la plaine du Pô à la Campanie en passant par la Toscane, l’Ombrie et le Latium, on a insisté sur le fait qu’il ne fallait pas la voir comme un Empire centralisé et homogène à la manière de celui de Rome, mais comme un ensemble de cités-Etats réunis dans une ligue à la manière grecque. Avec une particularité soulignée par tous les auteurs anciens, à savoir que cette ligue, ou plutôt ces ligues, comprenaient douze cités et qu’elles formaient donc une « dodécapole ». Si ces mêmes auteurs se gardent bien de nous donner la liste exacte de ces cités –qui a d’ailleurs dû évoluer avec le temps- on peut penser sans grand risque de se tromper que l’Etrurie proprement dite, située entre Arno, Tibre et mer Tyrrhénienne, comprenait Véies, Caeré, Tarquinia, Vulci, Vétulonia, Populonia, Fiésole (ou Pise), Arezzo, Cortone, Chiusi, Pérouse et Orviéto, cette dernière étant la capitale religieuse de la ligue et abritant le sanctuaire « panétrusque » dit du Fanum Voltumnae. Ce lien religieux a d’ailleurs été le seul qui unisse les cités, ces dernières n’ayant jamais su réaliser les alliances politiques et militaires qui leur auraient permis de résister au rouleau compresseur romain. Et les Romains pourront donc, entre 396 et 264, avaler les cités étrusques les unes après les autres, Véies étant la première et Orviéto la dernière à céder. La civilisation étrusque ne disparaît pas pour autant d’un coup après 264 : l’art et l’artisanat seront encore florissants pendant longtemps, et la langue étrusque sera encore parlée et écrite jusqu’au changement d’ère.