Conférence

Vendredi 29 juin à 20h30

» Qui peut le bien peut le mal » : l’histoire du pouvoir des saints aux fontaines guérisseuses du Limousin par Marie-France Houdart - ethnologue.

« D’où vient le mal ? Et si, à la suite des «démons», les saints étaient aussi quelque peu «sorciers» ? Revenant sur trois mille ans d’histoire et de pratiques aux fontaines sacrées, qui en passant d’une religion à une autre, sont restées bien vivantes, Marie-France Houdart vous fera partager une autre vision du culte des sources et des saints. »

RDV Salle de conférence du Pôle Culturel Clau del Paìs - Meymac.

Tarifs: 5€ / 3€ pour les adhérents à l’AFMV.

Renseignements: 05.55.95.19.15 / [email protected]

Résumé conférence « la langue étrusque » par Gilles Van Hems

La langue étrusque : l’histoire d’une conquête scientifique entre fantasmes et obstacles

Si la civilisation étrusque fascine tant les Européens depuis le XIXe siècle c’est en partie à cause de leur langue qui résiste encore largement aux efforts d’interprétation des scientifiques, et contribue à auréoler ce peuple d’une aura de mystère – mais aussi à attirer bien des curieux aux idées souvent farfelues sur la langue.

La conférence de cet été avait donc pour but premier de montrer que cette langue – si rétive soit-elle – reste un objet scientifique, attesté par une documentation matérielle importante (plus de 10000 inscriptions ainsi qu’un livre de lin, malheureusement lacunaire), et que sa connaissance a fait d’importants progrès au cours du XXe siècle et en particulier ces dernières décennies.

On a ainsi commencé par s’intéresser au système d’écriture qui la transcrit : créé à la fin du VIIIe siècle av. J.-C., l’alphabet étrusque est un alphabet issu directement d’un des alphabets grecs archaïques, plus précisément l’alphabet occidental qui était employé par les Eubéens, qui l’ont importé en Italie, quand ils se sont installés sur l’île de Pithécusses (Ischia) et ont fondé la colonie de Cumes dans la première moitié du VIIIe siècle. Les Étrusques, installés depuis longtemps en Campanie, ont appris des Eubéens à écrire : ce long processus d’apprentissage est passé par l’adaptation du système d’écriture grec aux particularités phonétiques de la langue étrusque : certaines lettres de l’alphabet-modèle ont ainsi été abandonnées (comme le o, le b, le d ou le x), tandis que d’autres ont vu leur valeur modifiée (ainsi le gamma eubéen est-il devenu un et a servi à noter le son /k/), que certaines lettres inusitées par les Eubéens mais présentes dans leur alphabet ont été réactivées (comme le san, pour noter une sifflante) ou enfin qu’une lettre a été inventée (la lettre f, destinée à noter le son /f/). L’histoire de l’alphabet étrusque, intéressante en soi, offre donc également une première approche de la langue étrusque, puisqu’elle permet de reconstruire le système phonologique de cette dernière.

Le reste de la conférence s’est donc concentrée sur la langue à proprement parler et a insisté sur les principaux acquis linguistiques de ces dernières années. On sait en effet aujourd’hui que l’étrusque est une langue isolée, qui n’est pas indo-européenne, et qu’on n’arrive pour le moment à rattacher à aucune famille linguistique connue, et qu’elle fait partie de ce que la typologie linguistique nomme « langues agglutinantes ». Le système phonologique, la structure morphologique des mots ainsi que la syntaxe et le lexique différencient donc nettement l’étrusque du latin, du grec, de l’osque, de l’ombrien, et de toutes les langues avec lesquelles il était en contact. On a donné de nombreux exemples de sa morphologie (déclinaison du nom, formation du pluriel), de sa syntaxe (ordre des mots et des constituants du syntagme), de son lexique, et la conférence s’est terminée sur la présentation, la traduction et le commentaire de quelques brèves inscriptions ou sections d’inscriptions jugées remarquables, afin de montrer l’étendue de nos connaissances, mais aussi les nombreuses zones d’ombre qui subsistent. Certaines d’entre elles sont sans doute à jamais hors de notre portée, mais gageons que les découvertes à venir et le patient travail des étruscologues réduiront les autres et feront encore progresser ce secteur bien particulier des sciences de l’Antiquité.

DERNIÈRE CONFÉRENCE 2017

banquet étrusque

Dans le cadre de la prolongation de l’exposition « Splendeur et Mystères des Étrusques » jusqu’au 29 octobre:

Une dernière conférence vous est proposée le vendredi 20 octobre à 20h30 à la salle de conférence du pôle culturel Clau Del Pais à Meymac pour découvrir « L’art de vire des Étrusques » par yves Liebert, professeur des Universités - étruscologue.

Les sources littéraires grecques et romaines n’ont de cesse d’évoquer la richesse du pays étrusque, la puissance des anciens Toscans, mais aussi de décrier leurs moeurs et leurs agissements. Au regard des sources archéologiques et épigraphiques, l’art de vivre des Étrusques et l’originalité de leur civilisation permet de comprendre en quoi les élites de ce peuple pouvaient susciter les critiques - voire la calomnie - de la part de leurs voisins, rivaux, mais aussi héritiers.

Résumé de la conférence « les Étrusques aux douze cités » de Jean-Paul Thuillier

Les Étrusques aux douze cités

L’idée que la civilisation étrusque soit la première qu’ait connue l’Italie n’est pas une nouveauté : elle était déjà défendue au début du XIXe siècle, lorsque des historiens, voulant légitimer le combat pour l’unité italienne, recherchaient des précédents à celle-ci et voyaient dans la période étrusque le premier grand moment de l’Italie, avant le règne d’Auguste et la Renaissance. Et la meilleure illustration de cette primauté nous est fournie par la peinture étrusque qui, dans le grand livre de la peinture italienne, nous offre en effet le premier chapitre. Les fresques funéraires, en particulier celles de Tarquinia, aujourd’hui inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, sont sans doute les œuvres les plus connues du grand public, et elles ont d’autant plus attiré l’attention que les peintures grecques contemporaines ont entièrement disparu : non que les Grecs n’aient pas connu cet art, et bien au contraire certains peintres grecs étaient aussi célèbres que Phidias ou Myron, mais leurs œuvres, tableaux ou peintures décorant des monuments publics, n’ont pas résisté à l’usure du temps. Les Etrusques ayant eu l’heureuse idée de peindre les murs de leurs tombes creusées dans le rocher, de leurs hypogées, ces fresques ont été conservées jusqu’à leur ouverture et nous avons aujourd’hui les moyens techniques de les protéger et de permettre aux visiteurs de les découvrir. Si les fresques de Tarquinia les plus connues datent surtout du VIe et du Ve siècle avant notre ère, il en existe aussi beaucoup de plus récentes, et il faut ajouter que d’autres cités étrusques ont aussi eu des tombes peintes, en particulier celle de Chiusi –et, parmi les découvertes assez récentes, il faut citer la tombe de Sarteano, connue sous le nom de Tombe du Quadrige infernal, un site qui appartenait au territoire de Chiusi.

C’est cette question des cités qui a fait l’objet de la seconde partie de cette conférence. Après avoir montré en effet que l’Etrurie antique, au cours du Ier millénaire avant notre ère, avait englobé des régions allant de la plaine du Pô à la Campanie en passant par la Toscane, l’Ombrie et le Latium, on a insisté sur le fait qu’il ne fallait pas la voir comme un Empire centralisé et homogène à la manière de celui de Rome, mais comme un ensemble de cités-Etats réunis dans une ligue à la manière grecque. Avec une particularité soulignée par tous les auteurs anciens, à savoir que cette ligue, ou plutôt ces ligues, comprenaient douze cités et qu’elles formaient donc une « dodécapole ». Si ces mêmes auteurs se gardent bien de nous donner la liste exacte de ces cités –qui a d’ailleurs dû évoluer avec le temps- on peut penser sans grand risque de se tromper que l’Etrurie proprement dite, située entre Arno, Tibre et mer Tyrrhénienne, comprenait Véies, Caeré, Tarquinia, Vulci, Vétulonia, Populonia, Fiésole (ou Pise), Arezzo, Cortone, Chiusi, Pérouse et Orviéto, cette dernière étant la capitale religieuse de la ligue et abritant le sanctuaire « panétrusque » dit du Fanum Voltumnae. Ce lien religieux a d’ailleurs été le seul qui unisse les cités, ces dernières n’ayant jamais su réaliser les alliances politiques et militaires qui leur auraient permis de résister au rouleau compresseur romain. Et les Romains pourront donc, entre 396 et 264, avaler les cités étrusques les unes après les autres, Véies étant la première et Orviéto la dernière à céder. La civilisation étrusque ne disparaît pas pour autant d’un coup après 264 : l’art et l’artisanat seront encore florissants pendant longtemps, et la langue étrusque sera encore parlée et écrite jusqu’au changement d’ère.

Résumé de M. Chastanet « Lo temps mena tot, Le temps mène tout »

Conférence proposée dans le cadre de la programmation culturelle de Haute-Corrèze Communauté sur l’alimentation

En France, les dictons météorologiques et agricoles sont bien connus et ont fait l’objet de nombreuses publications. Ceux qui mettent en perspective le temps qu’il fait et l’alimentation ont moins retenu l’attention et n’ont pas été répertoriés comme tels, sans doute parce que plus rares. En Corrèze, de la fin du xviiie au début du xxe siècle, des dictons mais aussi certains noms de saisons et d’années difficiles – encore nombreuses au cours du xixe siècle – témoignent, en langue limousine, des conditions de vie des paysans et de leurs pratiques alimentaires, largement dépendantes du climat.

On peut distinguer des dictons « saisonniers », qui constituent des repères et expriment des normes de comportement, et des dictons « prévisionnels », qui associent calendriers, météorologie populaire et récoltes attendues. Parmi ces derniers, certains relient directement des phénomènes atmosphériques à des pratiques alimentaires, à travers des raccourcis souvent saisissants. Par exemple, lorsqu’il pleut début août, on peut dire que « Saint-Laurent [le 10 de ce mois] rapièce le blé noir », ou encore plus directement qu’« il pleut des crêpes », sous-entendu de sarrasin ! Rappelant ainsi l’importance de cette plante dans la nourriture paysanne, surtout lorsque le seigle vient à manquer.

Afin de resituer ces dictons et autres expressions formalisées dans un contexte historique, on peut les croiser avec des écrits précisément datés. Ce qui permet d’appréhender certains aspects matériels et culturels d’un milieu social qui n’a généralement pas laissé d’écrits. Face aux changements du monde rural – durant la période étudiée ainsi que plus récemment – ces diverses formulations constituent des vestiges des anciens liens entre climat et alimentation.

 

* Monique Chastanet est historienne, chargée de recherche honoraire au CNRS. Elle travaille, en particulier, sur l’histoire de l’alimentation en Afrique sahélienne et en Limousin.

 

** Pour aller plus loin, voir : Monique Chastanet, « Dictons, saisons et alimentation paysanne. Le cas de la Corrèze (Limousin) de la fin du xviiie siècle aux années 1930 », in Becker K., Moriniaux V. et Tabeaud M. (dir.), L’alimentation et le temps qu’il fait – Essen und Wetter – Food and Weather, Paris, Hermann, collection MétéoS, 2015, pages 105-126.

En ligne : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01147806